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Des mondes limitrophes

La peinture d’Hélène Duclos nous happe. Elle nous bouscule, nous émerveille ou nous dérange, qu’importe, mais comment ne rien sentir face au spectacle extravagant et poétique de cette humanité errante qui n’a pas encore l’air en conscience d’elle-même.
On peut être troublé - et c’est bien l’essentiel - devant ces êtres nus qui semblent encore naissants à des mondes originaux, apparemment lointains qu’elle qualifie elle-même de limitrophes.
Hélène Duclos maîtrise parfaitement ses outils et ses cadres pour mieux en être libre et permettre à la peinture qui la traverse, pâteuse ou diluée, en tous les cas puissante, d’aller au bout, tout au bout d’elle-même. Un monde se dessine, univers archaïque et nouveau, qui prend corps dans une danse débridée, comme en apesanteur des lois, des principes et des modes de n’importe quelle époque et de toute société. L’espace et le temps semblent suspendus, laissant libre cours à des ballets de mystères ou de rites, reflets de mondes intérieurs qui effleurent à l’orée de nos inconscients.
C’est une humanité brute, loin des identités, et pourtant où chacun est un être unique qui sait trouver sa place. Rituels incantatoires, toilettes improvisées, étreintes bienveillantes ou grimaces sans complexes, ces foules transhumantes et disloquées ne semblent pas inquiètes de l’apparent chahut qu’elles forment à nos yeux.
Qu’il serait périlleux - mais c’est déjà bien tard - de vouloir mettre des mots sur une peinture qui, dépassant le verbe, est déjà un langage, sans doute universel et qui sait, éternel.
Ces figures charnelles, puissantes et sensuelles, forment un cri silencieux. Un cri d’enfantement, de grâce ou de stupeur, mais un cri de couleurs, obscures ou lumineuses, flamboyantes et douces, qui happe notre regard dans un chaos paisible.

Olivier Rousseau, mars 2010
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mise à jour avril 2010